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Palais Al-Qash'i à Hawmat al-Qash'iyin


Le Qasr al-Qash'i est un monument emblématique de style ottoman situé dans le quartier d'al-Qash'iyin, sur l'île de Djerba. Il est étroitement lié à la mosquée du même nom qui lui est adjacente. Il est probable qu'ils partagent un fondateur commun, ce qui confère à leur relation une dimension organique et dépasse la simple proximité pour s'inscrire dans un projet urbain et social unifié. Bien qu'il n'existe aucune preuve concluante permettant de déterminer lequel des deux édifices a été construit en premier, la logique architecturale et historique suggère que le palais est antérieur, car il a constitué le noyau résidentiel qui a suivi la construction de la mosquée. Ensemble, ils forment un repère distinctif dans la mémoire collective du quartier et une pierre angulaire de son identité. Le quartier lui-même tire son nom de la famille qui l'a fondé, faisant du palais un symbole fondateur de la mémoire collective locale.

Les fondations du palais s'étendent sur une superficie totale d'environ 1000m² (40×25) et il se compose de deux bâtiments.


Le bâtiment principal se compose de deux étages : le rez-de-chaussée, dédié aux activités quotidiennes telles que la cuisine, la lessive et la détente, comprend une cuisine, une salle de bain avec un lavabo latéral et des commerces fonctionnels, le tout partiellement effondré et enfoui sous les pierres. Au centre d'une petite cour, un escalier mène à l'étage, jouxtant une salle de bain de la taille d'un homme, avec une barre de bois fixée au mur pour suspendre un récipient d'eau. En face de l'escalier, une entrée sans porte donne accès à un hangar abritant un commerce et une armoire murale ornée d'éléments décoratifs et d'un plafond en bois sculpté. De là, on accède à une cave avec une entrée voûtée abritant un commerce et une armoire. À droite du passage, une porte murée sépare une cour entièrement équipée, et à gauche, une autre porte donne sur l'extérieur. Sur la façade est, les vestiges d'une structure avec une poutre sont visibles ; il semblerait qu'il s'agisse d'une cuisine, comme en témoignent les traces de fumée sur les murs.

La partie arrière comprend une écurie complète avec des boxes, des mangeoires, un local de stockage pour le fourrage et des abreuvoirs intégrés.

On accède ensuite à une porte donnant sur le centre d'une cour intérieure avec ses dépendances, notamment une maison à l'est mesurant environ 12 x 8 m avec ses boutiques, ses placards et un coin nuit séparé par une arche reposant sur deux petites colonnes peintes en vert, ainsi qu'une cour intérieure.


Côté sud, on trouve une cuisine relativement moderne, ce qui laisse supposer que le rez-de-chaussée a été aménagé pour l'habitation récemment, probablement durant la première moitié du XXe siècle, comme en témoignent la qualité des carreaux de la cuisine et la présence de lanternes et de câblage électrique d'un type ancien.


L'étage supérieur comprend la vaste pièce du propriétaire, mesurant 8 x 8 mètres, avec des fenêtres à meneaux orientées à l'est et donnant sur la mer, dotées de grilles en fer forgé et de hautes ouvertures en forme de fontaines destinées à évacuer l'air chaud venant de La Mecque. Dans un angle se trouve une aile supérieure composée de deux compartiments, chacun reposant sur une colonne cylindrique.


Ses murs sont recouverts d'un panneau de décorations en plâtre reliées entre elles sur tous les côtés, et son plafond est en bois sculpté.



À l'est du bâtiment principal se trouve une aile extérieure séparée, à quelques mètres de distance, plus délabrée que la première, composée de deux étages.


Le rez-de-chaussée comprend un vaste hall de réception, une salle de bains et une cuisine extérieure, tandis que l'étage supérieur ne contient qu'une seule pièce. Son architecture opulente, malgré les ruines, révèle qu'il était destiné soit à servir de résidence à l'un des fils du propriétaire du palais, soit à recevoir des invités.

L'architecture du palais témoigne de l'ingéniosité des bâtisseurs locaux, qui ont su allier solidité et fonctionnalité. Les murs épais assurent une double fonction d'isolation thermique et de soutien, tandis que les arches, les coupoles semi-circulaires et les poutres, réalisées avec des matériaux locaux, répartissent les charges et contribuent à la régulation thermique de l'atmosphère. Les fenêtres à croisillons préservent l'intimité tout en assurant une ventilation adéquate et révèlent un sens artistique aiguisé dans le jeu d'ombre et de lumière.



Les colonnes cylindriques se prolongeant par des bases carrées et les décorations symétriques témoignent du savoir-faire des artisans, qui ont su allier robustesse et esthétique. Le plafond, orné de cercles et de sculptures sur bois, porte l'empreinte des influences andalouses et ottomanes et révèle le caractère artistique du palais.



Mais l'état actuel du palais révèle les ravages du temps et du manque d'entretien. Sa façade extérieure est fissurée et partiellement effondrée, certaines petites fenêtres sont murées, les arcs et les coupoles sont fracturés, et les plafonds ainsi que les portes en bois sculpté sont endommagés malgré la présence d'éléments de l'art andalou. L'aile extérieure partiellement effondrée empêche de bien comprendre ses fonctions d'origine, tandis que les espaces sont devenus opaques sous l'effet des décombres.



Ainsi, le palais devient à la fois le témoin du savoir-faire des artisans d'autrefois et du manque de soin d'aujourd'hui.

Le palais n'est pas un simple bâtiment, mais une composante essentielle de l'identité du quartier. Son lien avec la mosquée adjacente souligne l'unité de son fondateur et le rôle des monuments dans la structuration du tissu urbain, comme en témoignent ses décorations géométriques et florales.



Ses fenêtres en forme de treillis,


Ses plafonds en bois sculpté témoignent d'un goût artistique raffiné, mêlant influences andalouses et ottomanes. Sur le plan social, les petites fenêtres et les murs épais symbolisent l'intimité, tandis que la décoration intérieure allie beauté et symbolisme. Ainsi, le palais concilie intérieur et extérieur, protection et ouverture, incarnant une image complexe de l'identité locale.

Le palais se situe au milieu d'un vaste domaine d'environ deux hectares. À proximité, à l'est et à mi-chemin entre le palais et la mosquée, se trouve un cimetière abritant les tombes anciennes et récentes des membres de la famille Al-Qash'i.

Le palais Qasr al-Qash'i ne se distingue pas particulièrement dans le paysage architectural de Djerba ; ses caractéristiques sont en effet similaires à celles du Qasr Ben Ayad à Sedghian. Tous deux partagent un style architectural du XVIIIe siècle aux racines italiennes, ottomanes et andalouses. Cette similitude d'agencement, de décoration et de symbolisme suggère qu'ils ont été construits durant la même période historique, ou du moins dans un contexte urbain commun, reflétant un goût artistique unifié et la convergence des influences culturelles qui ont façonné les grands palais de l'île. Cette ressemblance inscrit le palais Qasr al-Qash'i au sein d'un réseau architectural cohérent et souligne que sa valeur est indissociable de celle des autres palais témoins d'une même époque historique.

Le palais Qashra'i est un joyau architectural dont la symbolique dépasse la simple construction, alliant fonctionnalité et culture. Ce monument nécessite une restauration urgente afin de protéger ses murs et de préserver la mémoire de Djerba. Il fait partie intégrante du patrimoine insulaire et témoigne d'un équilibre rare entre solidité et beauté, intimité et ouverture. Une comparaison avec le palais Ben Ayed confirme que ces palais forment un ensemble cohérent, ce qui rend indispensable un projet global de sauvegarde de ce patrimoine avant qu'il ne disparaisse sous l'effet du temps et de l'abandon.


 
 
 

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